Les infortunes de la vertu – Sade

Quelle petite pépite que les Infortunes de la vertu de notre cher marquis de Sade ! Ce petit conte philosophique est un petit bijou qui se lit d’une traite et qui n’est jamais ennuyeux. On y suit les aventures de deux sœurs qui, suite à la mort de leurs parents, sont amenées à décider de leur sort. Nous avons d’un côté Juliette qui opte pour le chemin du vice. Prostituée, puis courtisane, elle finira fort riche après quelques empoisonnements et détournements de fonds. Lorsqu’elle recroise le chemin de sa sœur, elle ignore qui elle est. Cette pauvre malheureuse qui lui conte ses aventures cache son identité. Il s’agit de Justine qui contrairement à sa sœur, a fait le choix du droit chemin. Hélas, ce chemin lui fera endurer bien des épreuves. A chaque fois, ses croyances, sa morale et sa vertu seront ébranlés. Après le récit de ses aventures, elle connaîtra brièvement le repos aux côtés de sa sœur avant d’être foudroyée.

La lecture des infortunes de la vertu est très fluides et on se laisse rapidement transporter dans les aventures de Justine. La seule petite critique est qu’à force de périples, on finit par deviner quel va être le suivant et on a également envie d’attraper Justine et de la secouer pour lui faire ouvrir les yeux sur les malheurs à venir. J’ai même eu envie de la voir suivre la voie du mal pour qu’elle ait moins d’ennuis et c’est sans doute là où voulait en venir l’auteur. Il nous fait philosopher sur le sens du bien et du mal et sur le lien qu’il existe entre les deux. Sans l’un, l’autre n’existerait pas et vice-versa. La fin du roman est également plutôt bien trouvée puisqu’après une existence de malheurs où Justine n’aura eu de cesse que de rester dans le droit chemin pour contenter sa foi, Dieu la rappelle auprès de lui par un coup de foudre. Sa sœur, Juliette, suite à cela, entrera dans les ordres. Un court roman donc, qui se laisse lire plaisamment.

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Lettre d’une inconnue – Stefan Zweig

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Un homme brièvement décrit reçoit une lettre le jour de son anniversaire. Par curiosité, il l’ouvre et décide de la lire. Elle est écrite par une femme qu’il ne connait pas et qui lui explique l’amour qu’elle lui a toujours voué. Il s’agit d’un amour total. Elle l’aimait avant même de l’avoir vu, rien qu’en entendant parler de lui. Au cours de sa vie, elle ne vivra que pour lui et ne cessera jamais de l’aimer. Pourtant, chacune de leur rencontre sera comme la première puisque jamais il ne la reconnaitra. Jusqu’à la toute fin où il repose la lettre et tente de se rappeler cette femme, il n’en conçoit qu’une image vague et floue.

 

Courte nouvelle d’une soixantaine de pages, elle n’en reste pas moins bouleversante. C’est tout bonnement une pépite dans laquelle on s’immerge et qu’on dévore sans le vouloir. Je n’ai pas forcément compris cette femme qui n’a aimé qu’un homme au cours de toute sa vie bien que ce ne fut jamais réciproque. Personnellement, je ne suis pas le genre de personne à aimer sans retour, mais après tout, ça doit être ça le véritable amour, un amour qu’on prodigue à l’autre même s’il ne le partage pas et qu’on n’en reçoit aucun retour. Néanmoins, quelle est la limite entre l’amour, la passion, et la folie, car je n’ai pu m’empêcher de me demander si notre héroïne n’était pas victime d’une maladie mentale qui la faisait aimer cet homme. En tous cas, à chacun ses questionnements et ses interrogations, mais je recommande dans tous les cas cette Lettre d’une inconnue.

Salem – Stephen King

J’ai longtemps hésité avant d’ouvrir Salem de Stephen King en raison de la longueur du roman. Ca faisait au moins trois ans qu’il trainait dans ma bibliothèque, or je viens enfin de me décider à l’ouvrir et à ma grande surprise, il se dévore comme une bonne tarte aux pommes. En effet, j’avais un peu peur que le livre traine en longueur comme ce fut le cas avec mon dernier Stephen King 22/11/63. Si le début du roman est un peu déroutant, on entre rapidement dans la ville de Salem et l’histoire de ses habitants. On débarque à Salem en même temps que le personnage principal Ben Mears, un écrivain qui a décidé de retourner sur les lieux de ses frayeurs de jeunesse pour donner naissance à un nouveau roman. Plusieurs années auparavant, Hubert Marsten, le propriétaire de Marsten House, une grande demeure située sur la colline de la ville, s’est suicidé tandis que sa femme a été retrouvée assassiner. Enfant, Ben a pénétré dans Marsten House avec pour mission d’en rapporter un objet. Tandis qu’il montait à l’étage et ouvrait la porte de la chambre, il vit le cadavre d’Hubert Marsten pendu et ses yeux s’ouvrir. Ben prit ses jambes à son cou et quitta la maison. Des années après, afin de vaincre ses frayeurs et pour écrire son nouveau roman, il souhaite louer quelques temps Marsten House. Hélas, il arrive trop tard car la demeure vient d’être louée par deux antiquaires : Straker et Barlow. Rapidement, le décor est posé. Viennent ensuite les premières disparition inquiétantes, auxquelles s’ajoute une peur grandissante.

 

J’ai beaucoup aimé cette première partie où le décor est posé. Le fait de ne pas savoir d’où provient le mal et surtout, de quel mal il s’agit. Lors de la disparition du jeune Ralphie Glick, on sait que quelque chose va survenir mais on ne sait pas quoi, et l’auteur réussi à nous emmener dans cette atmosphère pesante, pleine de peur. Finalement en poursuivant notre récit, nous découvrons que les habitants se transforment successivement en vampires. La suite du roman explique leur traque par Ben, Matt – un professeur de lycée qui se lie d’amitié avec Ben, Mark – un enfant qui reçoit la visite d’un vampire et qui réussi à ne pas succomber à son emprise, Jim Cody – le médecin en charge d’une partie des habitants de Salem, et le père Callahan.

 

Globalement, c’est un bon roman bien que ce ne soit pas mon Stephen King préféré. On passe cependant un bon moment de lecture et on entre rapidement dans l’histoire. Les pages se tournent aisément et l’intrigue et bien menée ce qui nous pousse à vouloir sans cesse avancer. J’ai cependant noté un ralentissement à partir de la page 700. Les suivantes ne sont pas inutiles, loin de là puisqu’elles nous permettent d’en savoir plus sur la ville de Salem et le mal qui la frappe, mais quelques longueurs auraient pu être évitées.

 

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Innocence – Eva Ionesco

41xm3hU3rZL._SX339_BO1,204,203,200_Lecture du mois au club de lecture, Innocence d’Eva Ionesco ne m’a pas vraiment convaincu malgré une quatrième de couverture accrocheuse. Le résumé vendait une histoire complexe entre une mère et sa fille, pleine de psychologie et de drames. A moins que ce ne fusse moi qui ait mal interprété ou placé mes attentes trop haut. Dans tous les cas, je me suis plongée dans cette autobiographie sans à priori, et j’ai rapidement stagné. On découvre Eva, une charmante petite fille de quatre ans avec ses jolies boucles blondes. Son entourage est composé de sa mère, Irène, le personnage central de sa vie, de son père qu’elle voit si rarement mais qui reste toujours à ses côtés dans son cœur et dans son esprit, et de Mamie, son arrière-grand-mère. On apprendra également à connaitre sa grand-mère Margareth, une très belle femme qui vit aux Etats-Unis avec son nouveau compagnon. Le quotidien d’Eva n’est pas simple : elle vie avec Mamie dans une chambre de bonne. Les dépenses de Mamie sont payées par Irène qui lui donne de l’argent et la tien financièrement. Irène, sa mère, se découvre artiste. Elle se lance dans la photographie et fait rapidement poser Eva. Des photos rigolotes au départ, puis peu à peu, elle met sa fille en scène dans des décors lugubres, macabres, morbides. Elle la coiffe, la maquille, la déguise, et lui fait ôter progressivement ses vêtements. Les photos seront ensuite vendues de la main à la main. A sept ans, Eva en parait treize. Irène l’emmène partout et la présente à ses clients. Elle la fait poser avec d’autres filles, d’autres femmes et même des hommes. Pour mieux lui faire passer la pilule, elle l’achète en lui offrant tout ce qui lui fait plaisir. Leur relation devient conflictuelle.

 

Du côté du lecteur, on s’interroge : Irène aime-t-elle sa fille ? Jamais elle ne l’embrasse ou la serre dans ses bras. Elle ne s’en occupe pas : elle la sort, la montre, l’exploite, mais laisse le soin de son éducation à Mamie. Pourtant, c’est elle qui sublime son art et elle qui sublime sa fille grâce à l’art. On a l’impression qu’elle a soif de reconnaissance, qu’elle a besoin qu’on la voit, qu’on l’admire, d’être au centre comme lorsqu’elle raconte des histoires inventées ou qu’elle s’urine dessus en pleine rue. Elle est le stéréotype même de cette artiste déphasée. On se rend également compte qu’elle reproduit le même schéma familial que celui qu’elle a vécu : fille d’un inceste, elle a elle-même été éduquée par Mamie. Margareth est à la fois sa mère et sa sœur. Bien que ce passé n’excuse pas ce qu’elle fait vivre à sa fille, je n’ai pas eu le sentiment qu’elle pensait à mal en le faisant. J’ai également eu du mal à comprendre que ce type de photographies ne fasse pas l’objet d’interdictions – Irène vendra ses photos à un magasine. Il est rapidement expliqué que le scandale éclatera quand Eva aura onze ans, mais cette partie n’est pas du tout racontée, ce que j’ai trouvé bien dommage. Sinon pour parler d’Eva en elle-même, on a à faire à une petite boucles d’or innocente dont le caractère va se ternir en grandissant. A sept ans elle semble très mature et avoir un certain recul sur ce qu’elle fait et représente pour sa mère. J’ai parfois eu l’impression qu’elle était d’ailleurs trop mature pour que ce soit réel, et même certains faits m’ont paru un peu trop exagérés comme lorsqu’elle s’enfuit en pleine rue. J’eu beau me remettre en tête le contexte de l’époque, je me suis demandée si l’auteur n’avait pas ajouté une dose de fiction à sa biographie. Impossible pour moi d’éprouver une quelconque forme de compassion avec cette fillette dont on arrache l’innocence trop tôt. J’ai même trouvé qu’au-delà du caractère malsain des photographies d’Eva Ionesco, il y avait un réel esthétisme dans son œuvre. Une lecture intéressante donc mais avec des longueurs et qui à mes yeux manquait de profondeur sur l’analyse de la relation mère-fille. La prochaine fois, j’attendrai que le roman sorte en format poche.

Deuils de Miel – Franck Thilliez

 

Comme vous le savez,je me suis lancée dans la lecture des aventures du commissaire Sharko et c’est ainsi que je viens d’achever Deuils de miel. J’ai trouvé le roman meilleur que Train d’enfer pour ange rouge mais encore légèrement décevant aux vues de ce à quoi je m’attendais. Je n’ai pas réussi à me plonger dans l’enquête et j’ai trouvé que la découverte des indices qui faisaient progresser le commissaire n’était pas assez crédible. Néanmoins, si la partie enquête ne m’a pas convaincu, j’ai cependant apprécié la partie vie perso de Sharko, chose que je n’avais pas aimé dans le premier tome. Ici on est fasse à une homme qui a perdu sa femme et sa fille, et dont leur souvenir l’obsède. Ce souvenir l’obsède tellement qu’il finit par souffrir de visions. Il se créer deux personnages imaginaires qu’il est le seul à voir et durant le roman, on ne cesse de se demander justement si ces personnes existent bel et bien jusqu’au dénouement. En somme, même si ce n’est pas mon préféré, j’ai apprécié cette lecture et vais poursuivre dans les romans de Thilliez.

Il suffit d’une nuit – W. Somerset Maugham

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Séduite par la couverture, le titre et le résumé, je me suis lancée dans cette lecture pleine d’espoir. J’imaginais une écriture soutenue mais fluide, des métaphores, de belles descriptions des tumultes de l’héroïne, bref, quelque chose de beau, doux et captivant. Au final, je tombe sur un roman d’amour des plus basiques et des plus ennuyeux. Pourtant les critiques étaient bonnes ! Déception.

Cette histoire, c’est celle de Mary, une jeune et jolie veuve qui s’apprête à épouser sir Edgar Swift, le futur gouverneur du Bengale. Cet homme est un de ses vieil amis et est également son ainé de plusieurs années. Elle n’est pas amoureuse mais après avoir fait un premier mariage d’amour qui s’est avéré éprouvant et désastreux, elle hésite à faire un mariage de raison et à dire oui. Mary reporte le rendu de sa réponse au retour de voyage de sir Edgar. Lors de ces quelques jours, les péripéties vont s’enchainer. Mary se rend à une soirée avec des amis dont fait partie Rowley Flint, un séducteur invétéré qui lui fait des avances qu’elle repousse. Elle lui préfère le temps d’une nuit d’amour un violoncelliste immigré : Karl Richter. L’idylle sera hélas très courte puisque Mary ne l’aime pas, et lui a offert sa couche plus par compassion qu’autre chose. Quand Karl l’apprend, il lui fait une scène et se suicide. Prise de panique, Mary ne sait pas vers qui se tourner et appelle Rowley. Il vient à son secours immédiatement et tous deux partent cacher le corps. Les jours qui suivent, Mary agit normalement pour ne pas être suspectée. Néanmoins, au retour d’Edgar, elle décide de lui avouer la vérité. Ce dernier acquiesce la nouvelle et décide d’abandonner son poste puisqu’il ne peut prendre le risque d’être mouillé dans une telle affaire tout en étant gouverneur. Mary refuse qu’il fasse un tel sacrifice pour elle. Le couple décide de se séparer. La nouvelle se répand et Rowley tente de nouveau sa chance auprès de Mary qui cette fois-ci accepte ses avances.

Voilà donc l’histoire pas du tout palpitante de ce roman. Les sentiments des personnages ne sont pas du tout développés alors qu’il y avait énormément de potentiel. On aurait dit un banal roman d’amour comme on en trouve tant en librairie. En somme, un roman aussitôt lu, aussitôt oublié !