My absolute darling – Gabriel Tallent

Une de mes amies m’a prêté ce roman après s’être laissée tenter par son achat suite à une belle mise en avant produit effectuée par la Fnac. Etant moi-même influençable, j’avais vu les affiches sur ce roman presque partout dans le métro, et également la mise en avant Fnac. Je me suis donc lancée dans cette lecture et autant admettre que j’ai eu du mal. Le style est la première chose qui m’a « bloqué ». L’écriture est très immersive : c’est brut de décoffrage. On se retrouve directement dans la tête de Croquette, dans son quotidien. L’histoire est crue : Croquette est élevée par son père et ce dernier entretien avec elle des relations ambiguës. Violences morales, physiques, sexuelles qui s’opposent à un amour démesuré de ce père pour sa fille. Durant tout le roman, Croquette oscille entre des émotions contradictoires, jusqu’au moment où elle atteint le point de non-retour. L’histoire est intéressante mais à mon goût, traînait en longueur – certains passages auraient pu être sauté ou bien accéléré. Le style fut également un frein à ma lecture bien qu’on finisse par s’y habituer. J’ai également eu du mal avec les personnages : je n’ai ressenti aucune compassion pour Croquette. Je comprends cette fillette, son ressenti, son vécu, son quotidien, son environnement, mais malgré tout, je n’ai pas réussi à compatir ou m’apitoyer sur son sort. Encore une fois, le style d’écriture a du influer sur ce point. Si je devais résumer : beaucoup de bruit pour pas grand-chose. My absolute darling a fait l’objet d’une mise en avant marketing importante qui donne vraiment envie de le lire, et en le lisant, j’ai été déçue par rapport à mes espérances.

Noël à la petite boulangerie – Jenny Colgan

Que dire sur ce roman si ce n’est qu’il m’a fait beaucoup de bien après Le musée de l’innocence ? Sans doute rien. En effet, après un nombre incalculable de pages sur un amour obsessionnel, il me fallait une lecture plaisir et sans prise de tête. Je me suis donc tournée vers une valeur sure : un Jenny Colgan. Je connaissais l’auteure d’une lecture précédente que j’avais trouvé assez cucul mais dont la lecture se faisait avec le cerveau en mode off. J’ai donc opté pour Noël à la petite boulangerie et je ne fus pas déçue :

  • Pas besoin de lire le tome précédent pour comprendre l’actuel ;
  • Une histoire digne du scénario du téléfilm de Noël sur M6 l’après-midi. Une intrigue avec des micro rebondissements suffisamment intéressants pour qu’on ne s’ennuie pas mais suffisamment nuls et prévisibles pour qu’on puisse rêvasser en lisant ;
  • Des pages qui se tournent rapidement (en plus c’est écrit gros !) ;
  • Des personnages qui se veulent avoir une consistance mais qui n’en n’ont pas.

Vous l’aurez compris, pas une grande lecture donc si vous souhaitez un roman accrocheur et intéressant, passez votre route.

Le musée de l’innocence – Orhan Pamuk

Quelle longueur ! Quelle lenteur ! Venir à bout de ces 800 pages fut une épreuve. Pourtant, tout laissait à présumer que cette lecture serait plaisante, que ce soit la quatrième de couverture ou les critiques laissées sur les différents sites que j’ai pu consulter. En soi, le roman n’est pas mauvais mais il est lent et on s’en lasse assez vite. Il aurait facilement pu être réduit de moitié.

Résumons l’histoire : Kemal, notre protagoniste qui s’exprime à la première personne du singulier, nous raconte comment son musée a pris forme. Ce musée, dont les objets constituent tous ceux qu’il a volé, subtilisé, ou acheté, met en lumière son amour pour Füsun. Cousine éloignée âgée d’à peine dix-huit ans, Kemal la croise par hasard en entrant acheter un sac de marque pour a fiancée Sibel. Immédiatement, il est troublé par le charme de la jeune femme et fera tout pour la revoir. Leurs rencontres secrètes se feront dans l’appartement de la mère de Kemal servant de débarras à cette dernière et qui n’est plus utilisé. Progressivement, la date butoir des fiançailles de Kemal et Sibel se rapproche, mais ce dernier élude la question de leur avenir quand Füsun la met en lumière. Lorsque le grand soir arrive enfin, Kemal et Füsun se croisent et échangent quelques mots. Cette dernière promet de le rejoindre le lendemain, comme tous les jours, à l’heure habituelle. Persuadé que ses fiançailles ne changeront rien à ses habitudes, Kemal se réjouit. Il imagine pouvoir mener une vie de famille avec travail, femme et enfants aux côtés de Sibel, tout en continuant de retrouver Füsun chaque jour. Rapidement, Kemal déchante : Füsun ne vient plus. Peu à peu, il déchante, se lamente sur son amour perdu, et perd le goût des choses. Ne pouvant faire dupe son entourage plus longtemps, il finit par avouer la vérité à Sibel qui, amoureuse et refusant d’être l’arisée de la société, se persuade que son fiancé souffre d’un maux guérissable. Hélas, Kemal ne guérit pas et notre couple finit par mettre fin à leurs fiançailles. Après un long moment de chagrin, notre protagoniste retrouve Füsun mais hélas, cette dernière s’est mariée.

Comme énoncé plus tôt, ce roman est long. Le thème principal semble être le tumulte de l’amour. Petit bémol, pour moi il ne s’agit pas d’amour mais d’un homme qui fait une obsession malsaine sur une femme qui a temporairement partagé sa vie. Outre le côté malsain qu’à cette relation puisqu’il s’agit de sa cousine, mais ça ma foi dans la société turque des années 70, ça me choque peu, je ne considère pas qu’on puisse parler d’amour. Rapidement, nos deux protagonistes se sont mis à faire l’amour, et peu de discussions profondes sont relatées. Idem, ils ne se voient que dans l’appartement et ne sortent jamais pour partager quoi que ce soit. Pour moi, Kemal est plus obsédé par Füsun qu’il n’est amoureux d’elle. Il semble idéaliser les moments qu’ils ont passé ensemble et fait d’elle le centre de son monde. Il perd la raison et agit de manière totalement irraisonnée. Le roman n’est qu’une longue plainte. La plainte d’un homme qui m’agace au plus haut point : d’où lui est venue l’idée saugrenue qu’il pourrait vivre en alternant femme et maîtresse toute sa vie ? Encore une fois, je sais qu’on est en Turquie dans les années 1970, mais tout de même, un peu de logique. Puis cette plainte incessante, stop ! J’ai cru que le roman aurait au moins exploré le côté sociologique de la Turquie des années 70 mais j’ai trouvé que cet aspect a été balayé. On a quelques faits, mais très peu de détails.

Si je devais conclure simplement : une interminable déception !

Il court, il court le furet – M. J. Arlidge

Il n’aura pas fallu longtemps avant que je ne retombe dans un thriller de mauvais goût. En toute honnêteté, je n’ai trouvé aucun intérêt à Il court, il court le furet de M. J. Arlidge. Pour moi, ce type de roman ne devrait même pas être publié. L’intrigue était plate, l’histoire en elle-même reprenait de nombreux éléments du tome précédent – si on souhaitait le lire et bien tant pis, sans parler des personnages qui sont tous plus caricaturaux les uns que les autres. Un vrai carnage de nullité ! Dire que j’ai acheté La maison de poupée du même auteur, j’ai peur de l’ouvrir et d’être encore déçue. Accordons malgré tout un point positif à ce roman : il se lit très vite. Les pages se tournent rapidement, les chapitres courts aidant. Hélas ce point positif n’aide pas à se plonger dedans et à trouver l’histoire intrigante : nous avons une jeune prostituée qui tue des hommes mariés biens sous tous rapports, une enquêtrice tourmentée suite au drame qu’elle a vécu (lire le tome précédent, ou pas car ça vous sera dévoilé), et des personnages secondaires plein de démons intérieurs mais qui nous donnent juste envie de leur taper dessus. Courez, courez loin de ce livre !

Mygale – Thierry Jonquet

Après l’Aliéniste, enfin un bon thriller ! Mygale de Thierry Jonquet m’a été offert pour l’achat de deux romans de la même collection, et malgré sa brièveté, je ne regrette pas sa lecture. Au contraire même, j’ai été captivée dès le tout début. Bon alors spoiler mais pas vraiment vu que la couverture du roman fait que : c’est de ce livre qu’a été tirée La piel que habito d’Almodovar. Heureusement pour moi, mon grand âge fait que ma mémoire est défaillante et je me rappelais des grandes lignes du film sans pour autant me rappeler des détails. Très rapidement, on se demande quelle étrange relation unie Richard et Eve. Lui, brillant chirurgien, semble lui vouer une haine féroce. Elle, d’une beauté parfaite, semble docile à ce traitement. Au fil des pages, on découvre que Richard a perdu sa femme et que sa fille se trouve dans un hôpital psychiatrique. A chaque crise, il se rend au chevet de sa fille, puis à son retour, il soumet Eve aux pires tortures. Ce court thriller est palpitant et bien plus complexe que le film. Le film ne suit d’ailleurs pas l’intrigue à la lettre puisqu’en le revoyant, j’ai remarqué une liste de changement plutôt longue. Quoi qu’il en soit je recommande ce thriller qui est à la fois court et efficace.

L’art de perdre – Alice Zeniter

Nouvelle critique avec L’art de perdre d’Alice Zeniter : un roman qui dépeint trois générations d’une même famille venue d’Algérie et immigrée en France. Il pose les questions de l’identité, de l’idéologie, de l’appartenance à un pays et de la non appartenance à un autre, du regard de l’autre.

On commence par suivre l’histoire d’Ali, algérien d’origine et qui est un riche propriétaire terrien. Dans son village aux pieds des montagnes, il est considéré comme un notable et exerce une certaine influence. A travers son histoire, on découvre l’importance d’avoir un fils, la vie qu’il mène, les coutumes, etc. Sa vie bascule lorsque la guerre d’Algérie est déclarée. Afin de protéger sa famille, il se rallie au côté français et devient ainsi un Harki. Lorsque la guerre se termine, par peur des représailles, Ali quitte l’Algérie avec sa femme et ses enfants. En effet, la France c’était engagée à accueillir tous les harkis et leurs familles rapprochées après la guerre d’Algérie. Arrivés sur le sol français, ils sont parqués dans des camps où ils ont accès au stricte nécessaire. On bascule alors vers l’histoire d’Hamid, le fils ainé d’Ali qui se rend rapidement compte qu’il n’est ni tout à fait français, ni vraiment algérien. Il consacrera une bonne partie de son temps à étudier afin d’acquérir les rouages de la langue et de l’écriture. Sa famille sera ensuite déplacée dans des HLM. C’est avec un sentiment mélangé qu’il regardera ses parents dépenser leur peu d’argent dans du mobilier français. L’intégration par la décoration de l’intérieur alors qu’ils gardent en eux une idéologie du pays quitté et des temps heureux. L’éducation qu’il a reçu fait de lui le rédacteur de la cité : il rédige les courriers officiels pour sa famille et les autres familles de l’immeuble. Avec le temps, il devient de plus en plus amère envers le choix de son père, envers la vie en France et le statut qu’elle lui offre. En rébellion contre une Algérie qu’il n’a pas connu, et comme voulant accomplir sa revanche sur la France, il quitte sa famille suite à une opposition avec son père pour aller vivre à Paris et épouse une française dont il tombe amoureux. Sa fille, Naïma, issue de la troisième génération, a été élevée en France et connait mal l’histoire de sa famille et de son pays :  via son travail, elle aura l’occasion de se rendre en Algérie. Cette opportunité lui permet de se plonger dans l’histoire du pays, et de mieux comprendre ses origines.

Les différents personnages sont plein de non-dits, de sentiments confus. On comprend chacun d’entre eux et via cette tranche de vie, on comprend mieux les conflits actuels et les différentes mentalités entre générations. Pas tout à fait français mais on respecte la France afin de le devenir, pas tout à fait algérien mais on rêve de l’Algérie et des temps passé : étranger dans un pays et étranger dans l’autre. Aujourd’hui encore, la troisième génération n’est pas encore intégrée comme le souligne Naïma au moment des attentats où tous les arabes sont pointés du doigt et mal regardés. Un roman poignant dans lequel on plonge sans s’en rendre compte et qui se lit plus qu’aisément. Je conseille !

Vol au-dessus d’un nid de coucou – Ken Kesey

Un avis mitigé concernant Vol au-dessus d’un nid de coucou de Ken Kesey. Il faut savoir que je suis une grande fan du film et une toute aussi grande fan de Jack Nicholson. Sa prestation dans le film est juste sublime, et il faut dire que les conditions ont été réunies pour la facilité : le tournage a eu lieu dans un véritable hôpital psychiatrique, les figurants qui pour certains étaient des patients, et l’acteur principal qui a découvert peu de temps avant le tournage que celle qu’il croyait être sa sœur était en réalité sa mère. Une œuvre magistrale donc qui m’a donné envie de découvrir le roman à son origine. Roman d’origine que j’ai trouvé moins prenant que le film.

 

Tout commence avec l’arrivée de Randle Mac Murphy, un homme qui a eu la bonne idée de quitter la prison pour se faire interner chez les fous afin de purger une peine plus tranquille. Pas plus fou que le commun des mortels, il va rapidement remettre en cause le fonctionnement du service, fonctionnement imposé par nurse Ratched. Elle est à la tête de l’administration des nurses de l’hôpital de l’état de Salem, une institution psychiatrique où elle exerce un pouvoir absolu sur les patients : leurs médications, leurs privilèges, leurs besoins de premières nécessités, etc. Lorsqu’un patient désobéit, elle n’hésite pas à le réprimander de manière subtile et indirecte et à l’humilier, si bien qu’aucun n’ose se rebeller. Tous les patients, quel que soit leur état de gravité, lui sont soumis. Le personnel de l’hôpital ne retrouve rien à redire sur ses méthodes puisqu’elle maintient l’ordre dans le service. Lorsque Mac Murphy intègre son service, elle voudra le soumettre comme les autres patients mais ce dernier s’insurgera contre ce fonctionnement totalitaire. Il poussera les autres patients à remettre en question ce fonctionnement et à s’interroger sur les méthodes de nurse Ratched. Peu à peu, son influence va faire se réveiller les consciences. Il sera tenté d’abandonner sa révolte lorsqu’il réalisera que seule mademoiselle Ratched a le pouvoir de signer son autorisation de sortie, mais finira finalement par continuer à s’opposer au système. Malgré les électrochocs, il continuera à montrer à ses camarades que même s’ils se considèrent fous, ils ont des besoins normaux, et poussera l’un d’eux, Billy Bibbit, à perdre son pucelage. Suite à cet évènement, nurse Ratched avec ses mots, fera ressortir la culpabilité qui sommeille en Billy et le poussera volontairement ou involontairement au suicide. Hors de lui, Mac Murphy se jette sur elle pour l’étrangler. Lobotomisé suite à son acte, Mac Murphy en ressort inoffensif.

 

Ce roman n’est pas prenant en soi, il ne s’y passe fondamentalement pas grand-chose et pourtant, il est sublimement intéressant de par son thème : le pouvoir des institutions et le modelage des individus. A mes yeux, l’hôpital psychiatrique est la métaphore de la société. Nurse Ratched représente l’autorité, les patients, les individus dociles et serviables dont on manipule la pensée afin de les faire rentrer dans le moule, et Mac Murphy, les esprits rebelles qui pensent par eux-mêmes et remettent en cause le système. La question de rentrer dans le moule est soulevée.