À fleur de peau – Jodi Picoult

Quatrième de couverture :

« Quand votre fils ne vous regarde jamais dans les yeux … comment savoir s’il est coupable ? Adolescent atteint du syndrome d’Asperger, Jacob Hunt ne se passionne que pour la criminologie. Lorsqu’un assassinat se produit dans le quartier, il devient le suspect idéal. Enfermé dans sa bulle, Jacob est incapable de se défendre. Sa mère et son frère décident alors de se battre face à l’intolérance et l’incompréhension qui ont toujours menacé leur famille. Chaque enfant a deux visages. »

Ce livre fut une bonne surprise. Les chapitres, courts, alternent les différents points de vue des personnages. Ainsi nous suivons un coup Jacob, le héro atteint d’Asperger, sa mère Emma, son frère Théo, son avocat Oliver, etc. Si la quatrième de couverture peut laisser à penser qu’il s’agit d’un roman policier, on s’aperçoit rapidement au fil de la lecture qu’il n’en est rien. Le roman a pour vocation de nous faire comprendre ce qu’est le syndrome d’Asperger, comment il se manifeste, et comment il est perçu par les « gens normaux ». Une fois la compréhension de ces éléments faite par le lecteur, il pose une seconde question : doit-on et peut-on juger différemment une personne atteinte de ce syndrome ? Au travers de ces interrogations, notre intérêt de lecture reste en alerte pour savoir si Jacob est coupable ou non du meurtre dont on l’accuse. Comme l’indique le résumé, Jacob est un passionné de criminologie et en sait souvent plus long que les enquêteurs eux-mêmes. Il ne rate jamais un épisode de sa série policière préférée, et a déjà été aperçu sur des scènes de crimes. Lorsque sa conseillère en sociabilisation disparait, et d’avantage lorsqu’elle est retrouvée morte recouverte de la couverture de Jacob, il est tout de suite incriminé. La culpabilité de Jacob et ses motivations sont dévoilées à la toute fin du livre, si bien que le doute plane jusqu’au bout. Un bon roman donc, même si je l’ai trouvé un peu long sur la fin au moment du procès : j’ai eu l’impression à une redite par rapport à des passages survenus plus tôt. Si le sujet de l’autisme est bien exploité, je pense qu’il aurait pu l’être d’avantage car notre petite famille m’a semblé assez stéréotypée : la mère qui sacrifie sa vie pour son fils, le père qui revient au moment du procès faire amende honorable et soutenir sa famille qu’il a abandonné des années plus tôt, le jeune avocat de 28 ans qui tombe amoureux de la mère, etc. Bref, le tout aurait pu être raccourci et mieux exploité, mais dans l’ensemble, la lecture fut plaisante.

L’oiseau bariolé – Jerzy Kosinski

Quatrième de couverture :

« L’oiseau bariolé est le récit poignant d’un petit enfant courageux : témoin et victime de l’horrible épopée qui ensanglanta l’Europe. Il nous livre les images frappantes de ses souvenirs, transfigurées par la frayeur. Il est impossible de ne pas être envoûté par la magie obscure de ce livre, bouleversé par la gravité de ce récit qui remet en question des notions aussi fondamentales que la pitié, la violence, l’amour. Ce roman, dont le succès est mondial, est un des plus grands documents de notre temps. »

Avec un résumé pareil, j’étais impatiente de me lancer dans la lecture de L’oiseau bariolé afin de me mettre à la place du personnage et de mieux comprendre le mauvais traitement dont il fut la victime. Je me lance donc, pleine d’entrain dans ma lecture et commence par la préface rédigée par l’auteur. Je découvre que le livre a fait polémique à sa sortie, que beaucoup de personne l’ont dénoncé, disant qu’il contenait des propos mensongers. J’étais ainsi deux fois plus impatiente de le découvrir.

Quel ne fut pas mon désarroi quand, chapitre après chapitre, je m’enfonçais vers une lassitude profonde. Contrairement à ce qu’annonçait la quatrième de couverture, je n’ai pas été « envoûtée par la magie obscure de ce livre » ni « bouleversée par la gravité de ce récit ». Le style d’écriture dénué de pathos, fait que je n’ai pas pu m’identifier au personnage principal. A chaque chapitre, de nouveaux sévices, de nouvelles tortures mais aucune émotion, rien. Alors j’ai lu ça sans émotion et sans intérêt. Certains passages m’ont mis mal à l’aise comme celui sur le dépeçage d’une lapine encore vivante, ou encore celui sur la femme qui se fait chevaucher par un bouc.

Sur Wikipédia, nous pouvons lire la critique suivante de Christophe Mercier : « Le lecteur est confronté à une suite de scènes atroces dans lesquelles la violence et la cruauté atteignent leur paroxysme. Les tortures, tant morales que physiques, subies par l’enfant, sont contées avec monotonie dans un style sec, toujours sur le même tempo, comme si elles étaient les conséquences d’un mal inéluctable qui habite l’homme ». Effectivement, le style est monotone et c’est sans doute cela qui m’a le plus déplu. Même la fin, qui se veut heureuse sans l’être réellement, n’a pas réussi à me faire apprécier la globalité du roman. Peut-être est-ce du au style d’écriture, ou peut-être est-ce l’enchainement des tortures page après page, toujours est-il que ce roman m’a fortement déçu.

Cadres noirs – Pierre Lemaitre

La quatrième de couverture de Cadres noirs a d’emblée suscité mon intérêt : normal, il s’agit du livre qui a inspiré la mini-série Dérapages avec Éric Cantona et Alex Lutz. La série avait su me tenir accrochée – chose rare pour une série française, et le livre étant de la main de Pierre Lemaitre, nul doute que j’allais apprécier ma lecture. Ce fut chose faite. On entre tout de suite dans la tête d’Alain Delambre avec l’écriture à la première personne, ce cadre de cinquante-sept ans qui en est à sa quatrième année de chômage et qui est obligé d’accepter des petits boulots ingrats pour s’en sortir. A travers son récit, on découvre le déclassement social induit par le chômage, les ravages sur le quotidien, sur sa vie de couple, de famille. Comme il l’explique lui-même, la motivation des premiers temps laisse place à un horizon sombre. L’envers du décor du monde du travail est également mentionné avec les jobs « merdiques » où les salariés sont traités comme du bétail pour trois francs six sous. Face à ce quotidien morne, la motivation d’Alain repart en flèche lorsqu’après avoir postulé à une offre d’emploi, il est rappelé pour passer la première étape du recrutement. Heureux, incrédule, motivé, douteux, on assiste aux différentes phases qu’il rencontre, des phases qui parleront au lecteur si vous aussi vous avez déjà connu le stress de la recherche d’emploi et des entretiens. Ce roman qui commence sous forme de fresque sociale laisse ensuite le pas à un roman d’action. En effet, Alain réussit son test et fait partie des quatre derniers candidats qui vont être ensuite soumis à un jeu de rôle pour évaluer les cadres de l’entreprise cliente lors d’une prise d’otages fictive. Obligé d’obtenir le poste coûte que coûte, Alain va s’embourber dans des mensonges et contracter des dettes. Impossible de reculer, sauf qu’au dernier moment, il apprend que les dés sont pipés. La suite de l’histoire, c’est à vous de la lire. Vous l’aurez compris, Pierre Lemaitre est une valeur sûre, et ce livre est à la hauteur de ses autres romans même si ce n’est pas un thriller. Le réalisme de la réalité du monde du travail rajoute un ancrage dans le monde réel qui nous pousse à nous identifier à au moins l’un des personnages. Conclusion : bonne lecture.

Compartiment pour dames – Anita Nair

Dernière lecture en date: Compartiment pour dames d’Anita Nair. Il s’agit de l’histoire d’Akhila, quadragénaire célibataire travaillant aux impôts qui un jour décide de prendre un aller simple pour Kanyakumari, une ville balnéaire du Sud de l’Inde. Lors de son trajet, elle partage un compartiment avec cinq autres femmes. Peu à peu, les langues se délient et chacune raconte sa propre histoire.

J’ai beaucoup aimé ces destins de femmes, éloignés mais pourtant si proches. Nous avons Akhila qui, à la mort de son père, s’est sacrifiée pour sa famille. Elle a mené à bien ses études pour pouvoir ensuite trouver un travail qui permettent de subvenir aux besoins de sa famille, et s’est ensuite assurée que chacun soit bien marié et ait une bonne situation. Ce sacrifice a pour elle comme un goût d’amertume. Le seul homme qu’elle ait jamais aimé était plus jeune qu’elle, et le regard que la société portait sur leur histoire l’a poussé à y mettre un terme, la laissant seule et vieille fille. Nous avons également Maggie, une enseignante en chimie mariée au principal Ebenezer, un mari tyrannique qui l’humilie et qui cesse de l’aimer dès qu’elle perd son côté enfantin. L’interprétation que j’en ai eu et que l’auteure laisse à supposer est que cet homme aime le côté juvénile dans les relations sexuelles, et donc serait à la limite de la pédophilie. Quoi qu’il en soit, par vengeance, Maggie se met à cuisiner afin de le faire grossir et lui faire perdre de sa suprême. Ebe devint alors un mari mou, qui n’a plus l’aura qu’il avait. Ensuite, nous avons l’histoire de Prabha Devi qui a fait un mariage d’amour. Elle aime son mari, le désir, aime être coquette et entreprenante. Malheureusement, dans la société indienne, une femme ne doit pas être entreprenante avec son mari : elle brimera ainsi sa personnalité et ses instincts pour devenir une mère et une épouse modèle, ignorant que c’est ce côté « sauvage » qui plaisait tant à son mari. La dernière histoire, ma préférée, est celle de Marikolanthu, une jeune femme à laquelle s’offre un bel avenir fait d’études, mais qui hélas est gâché à la suite d’un viol. Honteuse, elle ne dira rien sur ce qui lui est arrivé jusqu’à ce qu’il soit trop tard, et mettra au monde un enfant qu’elle mettra des années à accepter.

Ce qu’il ressort de cette lecture, c’est la difficulté d’être une femme et de jouer tous les rôles qu’on nous donne : être une femme désirable tout en étant une épouse convenable aux yeux de la société, être une mère, être une travailleuse, bref, des casquettes en contradiction les unes avec les autres. J’ai eu l’impression que qu’elle que soit la voie qu’on choisit, nous serons toujours perdantes. Une beau roman en tous cas, une belle lecture que je conseille.

L’homme craie – C.J. Tudor

Dernière lecture en date, L’homme craie de C.J. Tudor : il s’agit d’un thriller alternant par chapitre le récit d’Eddie enfant en 1886 et d’Eddie adulte en 2016. L’été 86, différents évènements ont lieu : le chien de l’ami d’Eddie est retrouvé mort empoisonné, le pasteur de la ville se fait tabasser, et une jeune fille est retrouvée morte dans les bois, démembrée et sans tête. Trente ans plus tard, les secrets sont déterrés et Eddie est de nouveau confronté à son passé.

Si le livre se lit facilement et rapidement, qu’on a envie de tourner les pages pour en savoir plus, j’ai au final été déçue car l’intrigue n’était pas si poussée. J’ai notamment trouvé des points communs avec Ca de Stephen King : on y retrouve une bande de copains durant l’été, une bande de brutes les terrorisant, un personnage féminin roux avec un père violant, des enfants proches de leurs parents sans l’être suffisamment pour se confier à eux. Peut-être est-ce également le fait d’avoir lu Une putain d’histoire peu de temps avant, mais le côté intrigue autour d’enfants m’a un peu lassé. Alors après, il est bien et vaut le coup d’être lu, mais ce n’est pas non plus le meilleur thriller qui existe.

La Bête et la Belle – Thierry Jonquet

Décidément, deuxième roman de Thierry Jonquet dans lequel je m’aventure et encore une belle découverte littéraire. Très court, La Bête et la Belle est superbement bien mené. L’écriture, qui alterne des points de vue différents lors d’une enquête cherchant à déterminer la culpabilité d’un homme sur différents meurtres, peu être déroutante au début mais le lecteur fini par s’y habituer. La désignation des personnages est également déroutante car nous avons Le Coupable, La Vieille, Irène, etc. Certains ont un prénom, d’autres une appellation, mais heureusement, leur nombre limité permet de rapidement les discerner.

Côté quatrième de couverture, ça donne ça :

« Léon est vieux. Très vieux. Léon est moche. Très moche. Léon est sale. Vraiment très sale ! Léon se tient très mal à table. C’est dans sa nature… C’est triste ? Non : Léon a enfin trouvé un ami, un vrai de vrai ! Seulement voilà, le copain en question est un peu dérangé. Parfois dangereusement. Mais Léon est indulgent envers ses amis. Pas vous ? »

Pas très éloquent comme résumé et pourtant, lorsqu’on achève le livre, il prend rapidement tout son sens car la fin est surprenante et permet de comprendre certaines interrogations. Encore une bonne lecture que je recommande.

Une putain d’histoire – Bernard Minier

Bernard Minier est un auteur qui m’a souvent tenté mais pour lequel je n’avais encore jamais sauté le pas. C’est maintenant chose faite puisque je me suis lancée dans Une putain d’histoire et je n’ai pas été déçue. Un thriller page turner comme je les aime, une intrigue bien ficelée, et surtout un plot twist de fin qui m’a fait remettre en question mes talents de détective amatrice. L’intrigue se déroule sur l’île de Glass Island où tout le monde connait tout le monde. Rien ne s’y passe jusqu’à ce que Naomie soit retrouvée morte. Henry, son petit ami de 17 ans se retrouve rapidement soupçonné par la police, et afin de faire la lumière sur ce meurtre, décide d’enquêter de son côté à l’aide de ses amis. Rapidement, il découvre que l’île et ses habitants regorgent de secrets et que personne n’est aussi blanc qu’il n’y parait. Une enquête qui va donc successivement faire apparaître plusieurs suspects potentiels jusqu’au retournement final où on se rend compte que l’auteur a habilement brouillé les pistes. Définitivement mon premier mais pas mon dernier Bernard Minier !

La Maison Russie – John le Carré

Dernière lecture en date, La Maison Russie, roman d’espionnage britannique de John le Carré : autant tout avouer directement, je n’ai pas du tout aimé ce livre et sa lecture fut plus que fastidieuse. Il m’aura fallu un mois pour en venir à bout, et la perspective de l’ouvrir pour avancer me lassait d’avance. J’avais beau y passer du temps, j’avais l’impression de tourner les pages à la vitesse d’un escargot. Si en soit l’histoire n’est pas passionnante mais pas non plus extraordinaire, je crois que c’est avant tout le style narratif qui m’a déplu. Pour résumer rapidement l’histoire, l’éditeur britanique Bartholomew Blairest envoyé en mission par les services secrets britanniques pour récupérer le manuscrit d’un auteur russe qui s’avère être un dissident et pacifiste. Au détour de cette mission, il fait la rencontre de Katya dont il s’éprend. Peu d’actions donc et beaucoup de blabla. Le style maintenant : tout ou presque est relaté sous forme d’interrogatoires. Blair se fait interroger par les services secrets britanniques et relate les faits déroulés. Peu d’émotions, peu de sentiments, peu d’action, le tout donnant un roman plat et lourd qu’il est pénible de lire. Dommage, j’attendais beaucoup de cette première lecture de John le Carré, et qui hélas m’a dissuadé de lire ses autres romans.

Sacrifices – Pierre Lemaitre

Troisième tome de la trilogie Verhoeven, Sacrifices est celui que j’ai le moins aimé. Il commence très fort avec le braquage d’une bijouterie, la victime qui s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, qui n’est autre que la petite amie du commandant Verhoeven, l’enchaînement de l’action, bref, du lourd dès les premières pages. Malheureusement, l’action retombe vite et le rythme m’a semblé moins soutenu que d’habitude. L’enquête est axée sur retrouver l’auteur du braquage, et comme toujours avec Lemaitre, on a un rebondissement final qui balaye toutes nos théories. Sans dévoiler la fin, je l’ai trouvé un peu tirée par les cheveux et assez vite expédiée dans les explications données ce que j’ai trouvé assez dommage. Alors pour résumer, ça reste un bon thriller, mais il est légèrement décevant par rapport aux autres livres du même genre de l’auteur.

La vie devant soi – Romain Gary

Suite à la sortie du film du même nom sur Netflix et à sa visualisation, je me suis lancée dans la lecture de La vie devant soi de Romain Gary. C’est mon premier livre de l’auteur malgré sa renommée qui n’est plus à faire, et mon ressenti est globalement bon. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire à cause du style de l’écriture : c’est Momo, petit garçon de dix ans (quatorze en réalité) qui nous raconte sa vie aux côtés de Madame Rosa. On suit donc ses aventures qui au début sont assez décousues les unes des autres, même si au bout d’un moment on finit par remettre les choses en ordre, et que le récit finit par reprendre une tournure plus chronologique. Momo est un enfant qui a été confié bébé à Madame Rosa, une ancienne pute reconvertie en nounou. Elle accueille chez elle, aussi bien des enfants de l’assistance publique que des enfants d’autres putes qui n’ont d’autre choix que de les lui confier. Si certains enfants se font adoptés ou retournent auprès de leurs parents, Momo n’a pas cette chance. Au fil des années, un lien se créer entre lui et Madame Rosa. Madame Rosa qui ne va plus très bien. Madame Rosa qui est juive et qui a connu les camps de concentration. Madame Rosa qui n’arrive plus à monter les six étages à cause de son poids. Madame Rosa qui perd ses cheveux. Madame Rosa qui devient sénile, dont les organes lâchent et qui a de plus en plus d’absences. Madame Rosa qui ne veut pas être enfermée dans un hôpital pour y finir ses jours. Madame Rosa qui veut mourir naturellement plutôt que d’être gardée à l’état de légume. Madame Rosa qui fait promettre à Momo qu’ils ne l’emporteront pas. Momo qui la cachera dans son « trou juif » qu’est l’une des caves de l’immeuble aménagée par Madame Rosa des années avant au cas où Ils reviendraient la chercher.

J’ai trouvé le lien entre Momo et Madame Rosa assez fort : si elle a pris soin de lui toutes ses années sans jamais se substituer à une mère, c’est lui qui prendra soin d’elle lorsque sa santé commencera à décliner et s’en occupera comme d’une enfant. Confronté à des réalités d’adulte, Momo n’a pas vraiment d’enfance. L’écriture est assez brute et n’entraine pas au pathos même si la fin du livre a failli m’arracher une larme. Une bonne lecture donc.