Des yeux de soie – Françoise Sagan

Après une longue pause dans mes articles, qui s’est conjuguée à une longue pause dans mes lectures, je publie enfin un article sur le livre qui m’a fait arrêté de lire pendant une période de plusieurs mois. Ce livre, c’est Des yeux de soie de Françoise Sagan. Vous l’aurez compris à mes critiques précédente des livres que j’ai lu d’elle, j’aime ce qu’elle écrit sauf que, je n’ai pas du tout accroché à celui-là. Il est composé de dix-neuf petites histoires sur les relations amoureuses : ruptures, relations qui se fanent, mensonges, etc. Peut-être les histoires étaient elles trop courtes, peut-être les personnages n’étaient-ils pas assez développé, toujours est-il que je dois me souvenir de maximum deux histoires, et qu’avancer fut assez fastidieux bien que le nombre de pages soit assez limités. Un roman que je ne recommande donc pas.

Un certain sourire – Françoise Sagan

Peut-être est-ce parce que j’ai lu La chamade il n’y a pas longtemps, mais j’ai trouvé que le personnage principal, Dominique, ressemblait étrangement à celui de Lucile. Dominique est une jeune étudiante en faculté de droit, qui n’a pas réellement de passion, pas réellement d’intérêt pour quoi que ce soit. Elle laisse sa vie s’écouler doucement sans trop se soucier de rien. Elle sort avec Bertrand, étudiant également, avec qui elle vit une relation calme mais dans laquelle elle s’enlise et s’ennuie. Tout bascule le jour où Bertrand lui présente son oncle Luc. Séduisant quadragénaire marié à Françoise, le petit quatuor multiplie les sorties, jusqu’au jour où Luc propose à Dominique de la voir seul à seul. Ce que Luc lui propose, c’est une relation sans conséquences. Dominique hésite, faussement choquée, mais finit par envisager cette possibilité plus que sérieusement jusqu’à l’envisager totalement. Tandis que les vacances d’été battent leur plein et que Dominique passe le temps chez ses parents, elle reçoit une lettre de Luc lui proposant une semaine de vacances à Cannes. Sans réfléchir, elle décide d’y aller. Persuadée de ne pas tomber amoureuse, de pouvoir ensuite retrouver sa vie normale, et par conséquent de ne pas souffrir, elle goûte aux rapprochements auprès de Luc et prolongera même l’idylle d’une semaine. C’est au moment de faire les bagages que pour la première fois, Dominique ressent un pincement au cœur. Fierté ou orgueil, elle n’en soufflera mots à Luc. Le retour à Paris est douloureux pour Dominique. Elle quitte officiellement Bertrand, ne souhaitant ni le faire souffrir ni faire semblant de l’aimer. Au fil du temps qui passe, elle ressent le manque, découvre ce qu’est l’amour, se refusant tout d’abord de l’admettre. Françoise a appris pour elle et son mari. Hélas, si Luc est infidèle à Françoise d’un point de vu charnel, il lui est fidèle par l’esprit. Dominique a commis l’impair de tomber amoureuse de lui, alors que lui l’avait prévenu : il ne l’aime pas.

Comme toujours, la pointe de Françoise Sagan tombe juste et sonne juste. Elle dépeint avec une finesse extrême les états d’âme des personnages, et on se laisse emporter dans l’histoire. On vit l’histoire au rythme des ressentis de Dominique, et même si on désapprouve parfois ses choix, on la comprend malgré tout. Après tout, ne vaut-il pas mieux vivre une histoire en se donnant corps et âme plutôt que de n’en vivre une autre qu’à moitié ? Ne vaut-il pas mieux se laisser aller à aimer même si on sait d’avance que les risques de souffrance sont élevés ? Toutes ces questions appellent à la méditation et ce roman nous fait nous les poser.

La chamade – Françoise Sagan

« Au cours d’un dîner, Lucile rencontre Antoine, jeune éditeur parisien. Leur complicité se transforme vite en une fougueuse passion. Or, Lucile vit avec Charles, quinquagénaire élégant et fortuné qui l’entoure d’un amour désintéressé. Malgré sa profonde affection pour lui, lorsque Antoine lui demande de choisir, elle décide de quitter Charles. « Vous me reviendrez. Je n’ai qu’à attendre. » Charles n’en doute pas. Parce qu’il aime cette femme-enfant pour elle-même et non pour lui. Parce qu’il sait qu’un jour Antoine lui reprochera ses faiblesses et ses défauts. Parce qu’il sait aussi que l’amour sans argent ne fait pas le bonheur. Il entend déjà la « chamade », ce roulement de tambour qui annonce les défaites … »

Un roman d’une grande finesse qui dépeint avec exactitude les sentiments humains. On y découvre Lucile, une jeune femme oisive qui occupe son temps par diverses activités. Elle ne travaille pas, elle n’en ressent ni l’envie ni le besoin. Elle vit aux côtés de Charles, quinquagénaire qui l’aime profondément. Il aime en elle tout ce qu’il y a de plus irritant. Il l’aime pour elle et non pour lui. Un soir, au cours d’un dîner mondain, Lucile rencontre Antoine, le trophée de Diane. Jeune éditeur parisien sans le sou, Antoine vit avec cette dernière une relation qui ne le comble pas. Elle est riche, elle est belle, mais elle commence à se faner. La complicité entre Lucile et Antoine est comme une évidence, mais plus aux yeux des autres qu’à leurs propres yeux : « Elle éclata de rire. Les deux regards de Diane et de Charles se posèrent sur eux. On les avait placés côte à côte, à l’autre bout de la table, en face de leurs « protégés ». […] Antoine riait. Diane souffrait. Elle l’avait vu éclater de rire avec une autre. Antoine ne riait jamais avec elle. Elle aurait encore préféré qu’il embrassât Lucile. C’était affreux, ce rire, et cet air jeune qu’il prenait tout à coup. » Lucile et Antoine rigolent, Lucile et Antoine s’amusent. Charles, téméraire, comprend avant même qu’eux n’aient compris. Diane, jalouse, tente de retenir Antoine. Or rien ne retient la passion. Les deux amoureux passeront des après-midi entiers d’étourdiment. « Il leur arriva ce qui arrive à un homme et une femme entre qui s’installe le feu. Très vite, ils ne se rappelèrent plus avoir connu autrefois le plaisir, ils oublièrent les limites de leur propre corps et les termes de pudeur ou d’audace devinrent aussi abstraits l’un que l’autre. L’idée qu’ils devraient se quitter, dans une heure ou deux, leur semblait d’une immoralité révoltante. » Peu à peu, ils partageront plus que l’union de leurs deux corps. Rapidement, Antoine ne peut plus se passer de Lucile et jouer la comédie devant Diane. Il aime Lucile et ne veut plus être séparé d’elle. Lucile aussi aime Antoine, mais pour elle, elle ne comprend pas la nécessité de quitter Charles : « Elle aimait Antoine mais elle tenait à Charles. Antoine faisait son bonheur et elle ne faisait pas le malheur de Charles. Estimant les deux, elle ne s’intéressait pas suffisamment à elle-même pour se mépriser de se partager. » Ne supportant plus de ne pouvoir s’afficher au bras de Lucile, il l’a met devant le fait accompli : soit elle quitte Charles, soit il ne la reverra plus. Lâche, Lucile n’y parvient pas. Elle ne peut pas faire du mal à cet homme envers qui elle éprouve une profonde affection. S’en suivront des jours de souffrance pour les deux amoureux séparés, jusqu’à ce qu’Antoine craque et rejoigne Lucile dans le sud de la France. Leurs retrouvailles suffisent : Lucile quitte Charles, Antoine quitte Diane. Les deux amants bafoués ne prennent pas la nouvelle de la même manière. Charles est persuadé que Lucile reviendra et décide de l’attendre. Diane a le cœur brisé par ce jeune homme qu’elle aimait mais dont elle n’a jamais réussi à se faire aimer. Lucile et Antoine s’installent dans la petite chambre de ce dernier, celle-là même où ils se retrouvaient l’après-midi. Fidèle à elle-même, Lucile passe ses journées couchée, à rêvasser et à attendre qu’Antoine revienne. Lui part travailler et à du mal à joindre les deux bouts. Peu à peu, l’habitude prend le pas sur leur relation. Les problèmes d’argent se font ressentir, Lucile a du mal à s’habituer à cette nouvelle vie. Antoine lui décroche un emploi. Elle ira quelque temps avant de le quitter et de vendre des bijoux que Charles lui avait offert pour pouvoir flâner dans Paris. Tous les soirs, elle joue la comédie de la petite travailleuse, jusqu’au jour où Antoine découvre la vérité. C’est le début de la fin. La perte de la confiance. Le moment où tous deux réalisent qu’ils ne désirent pas la même vie. Le gouffre se fit plus grand lorsque Lucile tomba enceinte. Ne désirant pas cet enfant, elle reprit contact avec Charles afin qu’il l’aide. Puis l’habitude de revoir Charles s’installa s’en qu’elle n’en souffle mot à Antoine. « Elle aimait toujours Antoine sans doute, mais elle n’aimait plus l’aimer, elle n’aimait plus leur vie communie, l’absence de folies qu’impliquait leur manque d’argent, la monotonie des jours. Il le sentait et il redoublait d’activités extérieures, il la négligeait presque. Les heures vides, qu’elle passait autrefois si comblée à l’attendre, étaient devenues vraiment vide parce qu’elle ne l’attendait plus comme un miracle mais comme une habitude. » Finalement, Lucile passera la nuit avec Charles et avouera tout à Antoine. Abattu, n’ayant pas su faire perdurer l’amour qu’il avait pour elle, Antoine ne cherchera pas à la retenir. Lucile retournera avec Charles, et finira même pas l’épouser. Les amants brisés se reverront deux ans plus tard, mais le temps et l’oubli ayant fait leurs effets, ce dîner là n’aura pas été ponctué des rires d’autrefois.

Très court et pourtant très prenant, ce roman aborde des thèmes de la vie sur lesquels nous nous sommes tous interrogés un jour : la passion, l’amour, les choix, l’habitude, le bonheur, l’individualité, l’envie. L’habitude tue-t-elle forcément les choses qu’on trouvait belles ? Le bonheur égoïste de chacun peut-il coexister dans le temps avec celui d’autrui ? Peut-on aimer toute sa vie ? Doit on renier qui nous sommes pour faire plaisir à l’autre ? Autant de questions que ce roman a soulevé en moi car il n’a fait que me conforter dans l’idée que le temps et les habitudes usent tout, même ce qu’il y a de plus merveilleux à nos yeux.

Bonjour tristesse – Françoise Sagan

BonjourTristesse

Mon premier Françoise Sagan et autant dire que j’ai adoré. J’avais vu le mythique film avec Deborah Kerr et Jean Seberg plus jeune, et je n’avais pas du tout accroché. J’ai cependant décidé de lui donner une deuxième chance et je l’ai, cette seconde fois, énormément apprécié. Le livre est court, l’histoire est simple, et pourtant on se laisse totalement absorber par les sentiments que ressent Cécile, dont on suit les pensées. Pensées confuses, allant de la honte, la gêne, l’auto flagellation, à la haine, la colère, la perversité, la manipulation. Tous les sentiments y passent les uns à la suite des autres, et je me suis reconnue dans ce personnage pour son instabilité émotionnelle et sa propension à tout détruire autour d’elle. L’histoire se passe sur la Côte d’Azur, où Cécile dix-sept ans et son père Raymond ont loué une villa pour les vacances. Le père et la fille, bien que ne vivant ensemble que depuis deux ans, partagent une véritable complicité. Elsa, la jeune maitresse un peu sotte de Raymond est également de la partie. Le trio passe ses journées à bronzer sur la plage, l’âme et le cœur insouciants. Cécile rencontre dès lors Cyril, dont elle s’éprend. Ce bonheur dure une semaine. Soudain, tout change avec l’annonce de l’arrivée d’Anne qui était une amie de la mère de Cécile, et qui avait pris momentanément soin d’elle à sa sortie du couvent. Pour Cécile, l’annonce de cette arrivée annonce un mauvais présage. Anne représente à ses yeux le bon goût, la classe, l’intelligence. Elle est cette beauté glacée inaccessible que rien ne peut ébranler. De fait, par définition, elle est l’opposée de Cécile et de son père, qui ont toujours mené une existence ponctuée de plaisirs futiles. Si au début, l’entente semble parfaite, elle va facilement se tendre et devenir oppressante. Raymond délaisse Elsa au profit d’Anne avec laquelle il souhaite se marier. Anne s’immisce progressivement dans la vie de Cécile, qu’elle somme de travailler d’avantage, et à qui elle interdit de revoir Cyril. Cécile va passer par une succession de sentiments et d’émotions, tous plus contradictoires les uns que les autres. S’accrochant à son bonheur passé et au moyen de le retrouver, elle blâme Anne de la situation actuelle et l’idée de s’en débarrasser s’ancre dans son esprit. Elle élabore un plan tordu et machiavélique pour séparer Anne de son père, manipulant les sentiments de son entourage et prévoyant leurs réactions à venir. Le lecteur reste suspendu à sa lecture jusqu’au bout. Je recommande vivement ce livre qui se dévore. Je recommande également le film d’Otto Preminger qui est une réussite et qui suit la trame du livre à la perfection. Le jeu des acteurs est bien entendu superbe. Je vous laisse sur une critique cinématographique du film de Twitch Film qui vous donnera, sans doute plus que moi, l’envie de voir le film: « La représentation d’une fille à l’aube de la féminité essayant de vérifier son pouvoir de séduction est incroyable. Plutôt que de critiquer les mœurs de l’ensemble de la société, Preminger s’attaque à la décadence de la famille nucléaire et de la moralité sans paraître prude ou réactionnaire. Exploit effectivement difficile. Cécile est juste assez âgée pour avoir des ennuis, mais un tout petit peu trop jeune pour entièrement comprendre les ramifications de ses actions infantiles, et elle n’est pas la seule à payer le prix. Tandis que son interprétation est électrique dans les flash-back impeccablement colorés, c’est dans les mornes scènes monochromes du présent que Jean Seberg fait preuve d’un réel talent d’actrice. »